Le ministère de l’Éducation nationale « défend, à juste titre, une approche des questions éducatives qui soit davantage éclairée par les résultats des travaux de recherche », mais l’analyse des « évaluations diagnostiques » destinées aux élèves de CP « révèle de sérieux problèmes quant à leur validité scientifique et pédagogique », écrit Édouard Gentaz (université de Genève) dans le dernier numéro de l’ANAE (Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant) dont il est le rédacteur en chef.

Premier problème, ces évaluations doivent permettre de repérer les élèves « ayant ou risquant d’avoir des difficultés de lecture », mais sans donner d’indications sur ce qui est « normalement » attendu à ce niveau. « Cette absence de “repères statistiques” ne permet pas de “diagnostiquer” (ou plutôt repérer) les capacités déficitaires qui doivent être travaillées en priorité » avec ces enfants. Le chercheur ajoute que les enseignants ne sont pas formés à l’utilisation de ces outils.

« Le second problème concerne la pertinence du contenu des épreuves ». Alors que plusieurs « capacités permettent de prédire en grande partie le niveau de compréhension écrite » (« le niveau de compréhension orale d’énoncés et de mots », le niveau du décodage, la capacité d’isoler les phonèmes, « la conscience phonémique et le niveau de prélecture [...], voire la connaissance du son des lettres »), mais sur les 13 exercices proposés, « 3 seulement portent sur la compréhension du langage oral », 2 sur le décodage, tandis que « 7 des 8 autres exercices posent des problèmes sérieux. Le chercheur pointe plus particulièrement l’exercice 7 “dans lequel un seul des items évalue la conscience phonémique (barrer l’image du mot qui ne commence pas comme cerise, serpent, ciseaux, singe, bougie)”, alors qu’un autre item, amenant à reconnaître le son é dans étoile ou éponge, ou to dans photo et manteau, porte sur des syllabes. Cet exercice confond donc reconnaissance d’un phonème (le son S en début de mot) et reconnaissance d’une syllabe, conscience phonémique et conscience syllabique.

Deux autres exercices portent sur le nom de consonnes, lesquelles “ne peuvent pas se prononcer en isolat, elles doivent ‘sonner’ avec une voyelle d’appui”, ce qui explique que ce soit “le son des lettres qui compte, leur nom pouvant même entraver l’apprentissage de la lecture-écriture”.

E. Gentaz propose qu’une commission, réunissant spécialistes et enseignants, travaille sur cette évaluation, qui devrait être testée “auprès d’un échantillon d’élèves représentatifs de la diversité de la population française”.

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