Dans leur dernier ouvrage, « 10 propositions pour changer d'école » (Seuil, 2015), François Dubet et Marie Duru-Bellat constatent que « L'école française semble avoir de très grandes difficultés à se réformer». Décortiquant ses défaillances, ils préconisent « des remises en question fondamentales ».

ecole

Les deux sociologues émettent toute une série de propositions, avec comme ligne conductrice le souci d'enrayer le mécanisme inégalitaire du système éducatif français. Du côté des programmes, ils défendent vigoureusement le socle commun, « formation de base solide permettant à chacun de valoriser toutes ses qualités », qui pourrait s'articuler avec des « modules diffenciés ». Mais pour cela, il est nécessaire de « faire passer au second plan la sélection d'une élite ». Or selon François Dubet et Marie Duru-Bellat, « il s'avère difficile de casser la course infernale entre l'élémentaire qui prépare au collège, le collège qui prépare au lycée et ce dernier au supérieur ». Qui sont à l'origine des résistances ? Les deux chercheurs pointent les « parents des futures élites » et les « représentants des disciplines ».

Les deux sociologues dénoncent l'hégémonie du diplôme et la compétition méritocratique : « un gaspillage, quand on observe, par exemple, que moins de la moitié des jeunes dotés d'un master sont cadres trois ans après avoir quitté l'université ».

Autre source d'inégalités : la ségrégation des établissements, du fait notamment du contournement de la carte scolaire. Pour François Dubet et Marie Duru-Bellat, le défi est de convaincre les parents de milieu aisé de renoncer à la « ségrégation choisie », parce que « le gain que les plus défavorisés retireraient de plus de mixité sociale serait bien plus important que ce qu'ils y perdraient, avec, à la clef, une avancée globale en termes de capacités de vivre ensemble ». En guise de remède, les deux sociologues plaident pour une refonte de la carte scolaire, mais sans trop s'attarder sur la ghettoisation urbaine contre laquelle « la carte scolaire ne peut rien »... Et pour rendre les établissements attractifs, ils préconisent des options spécifiques – des « modules d'excellence » - et « une forte discrimination positive », sans utiliser le label « éducation prioritaire » qui s'avère selon eux stigmatisant.

François Dubet et Marie Duru-Bellat critiquent également le mode d'affection des enseignants dans les établissements des quartiers difficiles : « il n'est pas juste, pour les élèves en tout cas, de les réserver aux débuts de carrière ». Ils préconisent aussi une professionnalisation de la formation des enseignants, ainsi qu'un nouveau statut pour élargir leur service à d'autres tâches que les heures de cours (aide aux élèves en petits groupes, travaux pluridisciplinaires, relations avec les parents...). Une mutation incontournable aux yeux des deux sociologues : « Cette définition du statut par les exigences du métier règne dans la plupart des pays dont nous envions l'efficacité et l'équité en matière d'école ».