« L’exclusion temporaire est utilisée comme marqueur d’un cadre disciplinaire explicitement rigide, perçu comme le seul recours aux risques des débordements adolescents » (Benjamin MOIGNARD)

imageLivresLe directeur de l’Observatoire universitaire international éducation et prévention (Université Paris-Est Créteil), Benjamin MOIGNARD, dans une étude publiée dans la revue International Journal of Violence and Schools (09/2015, 15), a conduit une enquête auprès de 76 collèges de la région parisienne sur les exclusions temporaires comme sanction disciplinaire.

« Ces exclusions sont massives dans de nombreux établissements ». En moyenne, 2 à 7 élèves exclus par jour et par collège selon les mois. Il remarque une concentration de ces sanctions chez les adolescents les plus jeunes. « Ce ne sont pas les incidents les plus graves qui sont les plus sanctionnés : ce sont les élèves les plus jeunes qu’il faut recadrer à temps ». Ce résultat contredit d’autres travaux qui évoquent un recours au régime disciplinaire plus important chez des adolescents plus âgés.

« Une autorité nécessaire qui devient aveugle »

« L’exclusion temporaire devient ainsi une routine punitive, intégrée à des formes de contrôle ordinaire de l’ordre scolaire, et rarement envisagée comme un ultime recours face aux incidents graves qui peuvent se produire », en déduit Benjamin Moignard. Elle représente aussi un moyen privilégié par les équipes de direction pour « manifester leur solidarité face aux difficultés rencontrées par les équipes ».

En conclusion, le chercheur y voit « une dilution des préoccupations liées à l’encadrement éducatif des élèves, au profit de l’affirmation d’une autorité nécessaire qui devient aveugle ». L’espace scolaire tend à devenir « un espace comme un autre, où les injonctions éducatives propres à le définir s’effacent au profit d’une recomposition judiciarisée de son organisation et de ses référentiels ». Il est à noter cependant que certains établissements se démarquent en sanctionnant « dix à trente fois moins d’élèves que leurs homologues ».

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